Voir la Mer, II

II.

Je me réveille. La pièce est calme, noire, mais j’ai mal au dos. J’ai pas l’impression de dormir sur mon matelas tout doux, mais plutôt sur quelque chose de rigide, et dans une position étrange. Aussi, la pièce n’est pas si calme, j’entends une peu bruyante respiration.

J’ouvre les yeux. Je commence à entrer dans le mouvement qu’accompagne la journée. Je me rappelle désormais, j’ai discuté jusque tard avec Jason, et j’ai dû m’endormir sur ma chaise. Devant, il doit il y avoir l’autre loir, et entre nous, une table avec toute la vaisselle posée dessus. Pourtant, elle n’est pas là. Les serveurs nous l’ont débarrassé pour nous ? Génial. Quelqu’un toque à la porte.

“Aage ! Il est l’heure de partir ! D’ailleurs, t’as vu Jason ? Il n’est pas dans sa chambre !”

C’est une voix féminine, sûrement celle de Adelmire. Mais… Si elle vient ici, ça veut dire qu’ils ont déjà déjeuné ? J’ai dormi combien de temps ?

“Déjà ?” j’improvise “Attends, je ne suis pas près ! Il faut que… je m’habille !

– Eh bah, t’es lent ma foi !

– Parfois j’ai bien envie de prendre mon temps, et aujourd’hui est l’un de ces jours.

– T’aurais pu le faire hier, ou demain, je ne sais pas, mais pas aujourd’hui !

– Si tu continues à me râler dessus, je ne vais pas pouvoir m’habiller.

– Hmpf… très bien…”

J’entends ses pas s’éloigner de ma chambre. C’est bon, le danger est écarté. Je secoue Jason, afin de le réveiller, et le voilà qui râle. Mais comme il émerge, il se rends compte qu’il ne s’est pas endormi ici. Lorsque j’estime qu’il est bien réveillé, je lui expose la situation :

“Alors, on n’a pas de temps à perdre. On a dormi trop longtemps, et donc on va mettre tout le monde en retard, alors on va faire comme si on était déjà réveillé. Tu vas me prendre l’une de mes tenues…

– Pas question ! Je vais prendre la mienne, je suis bien capable de passer sans me faire remarquer !

– Je te rappelle que tu es de l’autre côté de nos quartiers. Les chances que tu te fasses découvrir sont très élevées, surtout que Adelmire vient de passer ici.

– Oui mais quand même. J’ai qu’à leur dire que je suis venu chercher quelque chose chez toi.

– Et quoi alors ? J’ai rien chez moi qui pourrait faire l’affaire.

– Des chaussettes, banane. J’ai oublié tes chaussettes chez toi.

– Très bien, trèèès bien….

– Donc j’y vais. Allez, à dans peu de temps !

– Attends ! Et la nourriture ?

– Je suis expert à ça. Le nombre de fois que j’ai pris du rab dans la cantine de la dragonnerie, tu n’imagines même pas. Et je vais t’en donner.

– Bon, merci. Ne prends pas trop longtemps, Adelmire sera verte.

– T’inquiètes !”

Et Jason ouvrit la porte, une de mes paires de chaussettes à la main. Je vais m’habiller, même si mon ventre me réclame de la nourriture. Quand j’ai ma tenue de dragonnier enfilée, je vais vers Zeir, il va falloir profiter de ces courants favorables matinaux.

“Alors c’est bon, tu viens enfin ?

– Oui, oh, on a discuté tard avec Jason !

– Trop tard, je dirais même. Maintenant, Adelmire va savoir que tu peux être un gros menteur…

– Je t’interdis de dire quoi que ce soit à Mofaro !

– Et qu’est-ce qu’il se passerait si je le faisais ?

– Je ne te parlerais plus toute une journée.

– C’est pas comme si tu me le faisais parfois, sans aucune raison quelconque.

– Bah… alors une semaine !

– Me fait pas peur.

– Un mois !

– T’en serais incapable.

– Non mais, comment oses-tu me sous-estimer ?

– Et toi, comment oses-tu te surestimer ?

– J’en ai déjà marre… Ne dis rien à Mofaro, car sinon je vais te faire une punition que tu regretteras.

– Tu sais, je peux lire dans tes pensées, et je vois bien que tu ne sais pas quoi me faire.

– Que t’es énervant quand tu t’y mets…

– Bref, cela à part, je suis déjà sur la piste de décollage, vous avez intérêt à être rapides, sinon vous allez énerver tout le groupe.

– Oui, je fais ce que je peux. Par contre, pour Jason, je ne peux rien dire.

– Hmm… je pense qu’il sera rapide. Il est vraiment bon, quand il s’y met.

– Je présume.”

J’ouvre la porte et arrive sur la piste de décollage, petite cour sur la muraille protégeant la cour du bâtiment. Tous les dragons y étaient, rendant la place sur cette petite cour haute presque inexistante. Je me faufile à travers les dragons pour atteindre le mien, beau et grand dragon couleur de Pierre. Tous les dragonniers déjà présents sont sur leurs dragons, et comme je grimpe sur le mien, j’entends Kain à côté, sur son dragon petit par rapport au mien, qui m’interpelle :

“Aage ! On fait la grasse matinée ? Même moi j’ai été plus rapide !

– Oh, ne commence pas…

– Sinon, à propos de notre sujet d’hier matin, que penses-tu de la Lycanthrane ?

– Ah oui, la Lycanthrane ! C’est vrai ! Honnêtement, il faut que le Roi interdise sa circulation. T’as vu comme c’est rapide ?

– C’est pour ça que seul mon père a été transformé, sinon, ne t’inquiètes pas je ne serais pas là !

– Mais bon, je pense qu’il faudrait prendre un peu de Lynargie.

– Pourquoi ?

– Ça a des propriétés apaisantes sur la métamorphose. Après tout, pourquoi ta mère en prenait ?

– Oui, c’est vrai, ça lui permettait d’empêcher ses transformations convulsives, au cas où afin d’éviter qu’on la chasse. Même que mon père et elle avaient souvent des disputes sur la Lynargie, car il n’empêche que ce n’est pas gratuit. Elle se sentait bête à ne rien pouvoir révéler.

– D’ailleurs, je me demande, comment ça se fait que tu sais autant de choses sur ta mère ? Tu n’es pas un métamorphe, donc je ne vois pas pourquoi elle te l’a dit…

– Pas ici.

– Très bien. Sinon, j’ai découvert une nouvelle plante alors que j’étudiais les livres d’herbologie d’ici. Ils sont vraiment bien fournis.

– Ah oui ? C’est quoi ?

– Des Stonarines.

– Je connais les Baies Stonara mais pas les Stonarines. Tu peux m’en expliquer plus ?

– Bah en fait, Stonarine c’est l’ancien nom pour Stonara, mais je fais la différence parce qu’il est marqué sur le livre que, je cite…

– Tout le monde !” crie Adelmire “On va démarrer maintenant ! Jason est arrivé, donc ne perdons pas de temps avant que les vents d’ouest tombent ! Je suis la cheffe de file, donc il ne faut pas défaire la formation ! Démarrage !”

La voix puissante d’Adelmire est toujours aussi imposante lorsqu’elle démarre ses directives. Elle a toujours deux visages : celle de elle en tant que personne, empathique, et elle en tant que cheffe du groupe, directe. C’est elle la plus douée en vol, malgré le fait que son dragon soit de type terrestre. Elle a beau manquer la vitesse que j’ai et la souplesse qu’a Bly, elle est toujours particulièrement bonne à tenir un cap, à dévier si possible, et a un bon temps de réaction. Comme on dit, le dragon ne fait pas le dragonnier.

On s’envole un à un, comme il commence à pleuvoir. En plein mois d’eau, les journées sont courtes et pluvieuses, et ainsi il fait encore bien sombre. Je pense que Adelmire tenait à partir tôt surtout pour éviter de se faire repérer par d’autres dragonniers, et dans cette optique, la pluie est une bénédiction comme ainsi on est encore moins susceptible de se faire attraper. Maintenant donc, la question est celle de la vitesse : en combien de temps arriverons-nous à quitter les endroits quadrillés ?

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