Noyade

La cité de Darfashkmar s’étendait sous les yeux du roi Ramanka VI. Située au nord du continent, en deux décennies elle est passée d’une capitale d’un pays au statut de capitale du pays le plus grand au monde. En vingt ans, la cité avait doublé de surface et quadruplé en nombre d’habitants. Le soleil était au Zénith, la cité s’étendait sous ses yeux, tout comme la nuée d’habitants sous ses pieds. Des hautes tours perçaient l’horizon et la cité était devenu un dédale dans lequel personne n’arrive à se retrouver, mais il était temps que cette horreur s’arrête. Tous les jours de nouvelles personnes venaient s’installer provenant des inépuisables masses des campagnes. Jamais la population n’avait autant augmenté, et cela était du à la prospérité du pays.

Depuis toujours, le continent avait été séparé, et régulièrement les pays se faisaient la guerre, pour rien d’important en plus, parfois pour de l’argent, parfois pour un minuscule territoire, parfois pour punir quelqu’un. Le pays que dirigeait Ramanka VI, le Royaume de Tachkamka, était un royaume relativement faible, mais côtier et surtout un véritable grenier, qui payait sa liberté. Comme son père, et tous les autres dirigeants auparavant, Ramanka VI jouait une position pacifique et faisait stagner son pays, pour son bien. Il ne pouvait rien faire, mais cette position centenaire changea lorsque, sept ans après son ascension au pouvoir, il recruta en tant que conseiller Saskamrand  de Parandranda, qui devint rapidement son Grand Conseiller.

Ce génie provenant de la petite noblesse du pays poussa le roi à sortir de la stagnation le pays et grâce à d’habiles manœuvres, tant militaires que civiles, il fit faire au pays un bond en avant dans tous les domaines. Il connaissait parfaitement tous les points forts de Tachkamka et jouait avec, établissant notamment un contrôle sur tout le commerce du nord, afin de créer des ressources, engager des pirates pour prendre contrôle des villes côtières ennemies, affaiblir un royaume ennemi afin d’en prendre contrôle, puis l’annexer, et au fur et à mesure attaquer tous les pays selon leurs faiblesses, comme créer une union de défense entre les pays les plus faibles, couper le commerce pour les pays côtiers et envahir les autres pays avec l’armée amassée au cours du temps.

En à peine une dizaine d’années, Ramanka VI annonçait que le Royaume de Tachkamka devait être renommé Empire de Omranlenka, ceci étant le nom du continent. Mais s’ils ont été héros de guerre, ils ont été amis du peuple. Saskamrand poussait le peuple à aller loin avec la magie, une puissance pendant longtemps considérée avec peu d’estime, et grâce à cela, l’Empire avait grandement amélioré le confort des habitants. De la Grande Poussée Agraire à la Réorganisation du Commerce, ils avaient réformé tous les aspects du quotidien pour le mieux, et ainsi le peuple avait une grande estime à leur égard. Même lorsque Saskamrand déclarait qu’il fallait explorer les mers afin de découvrir de nouvelles terres, les habitants leur avait montré leur soutien. Lorsqu’ils ont lancé cette expédition, la flotte du sud était revenue un mois après déclarant avoir trouvé de nouvelles terres.

C’est ainsi que débuta la colonisation, et la première cité fondée sur ces nouvelles terres comptait déjà une plusieurs centaines d’habitants, et ses premiers natifs, mais cela allait à l’encontre des populations natives, qui, aussi primitives qu’elles étaient, étaient mécontents de l’installation de ces étranges êtres, et protestaient comme elles le pouvaient, en vain. Cela provoqua des grands soulèvements de la part des colons, qui eurent l’initiative, au grand désastre du roi, d’effectuer un grand massacre. Le roi fit exécuter le chef de la colonie.

Et maintenant, il regardait ses sujets, amassés devant la place du château, prêts à écouter l’annonce que le roi devait faire. Il regarda encore une fois le soleil, placé à l’endroit propice pour avoir la bénédiction des dieux. Il appela la bénédiction de Kalamranta, le Soleil. Après cela, il parla :

“Peuple de Omranlenka, j’ai une annonce des plus importantes à vous faire. Un projet que moi, mon grand conseiller, toutes les personnes qui m’accompagnent ainsi que nombre d’entre vous travaillent dessus depuis deux ans. Un projet, qui s’est terminé il y a quelques jours seulement. Un projet, qui va plus que tout révolutionner nos vies. J’attendais ce moment précis pour vous l’annoncer, comme Kalamranta nous bénit de sa lumière. Nous allons… créer de nouvelles terres, créer un nouveau continent où on pourra habiter, un nouveau continent de part les flots, un nouveau continent qui nous permettra d’éviter que les drames de Lamreancha se reproduisent. Cela demandait une énergie magique incroyable, que nous n’apprenons à canaliser que depuis peu, mais nos meilleurs artisans ont su comment faire, et grâce à leur dure labeur, enfin nous avons un endroit où nous serons libres, libres de construire, libres de cultiver, libres d’élever, libres de vivre. Maintenant, dirigez-vous vers le port, afin de voir les terres sortir des eaux, je vous prie.”

Le roi se retourna comme le peuple criait de bonheur. Comme à son habitude, il se retourna et se pencha à la balustrade pour saluer son peuple, avant de s’en aller pour de vrai.Dès qu’il était à nouveau dans la salle du trône, il ordonna à l’artisan-chef d’activer la machine, comme il invitait Saskamrand à regarder avec lui le fruit du long travail qu’ils avaient fourni depuis leur tour de l’est, ce qu’il accepta volontiers.

Ils attendirent un bon moment avant qu’il se passe quelque chose. Tout d’un coup, ils entendirent un gros bruit. Une haute colonne d’énergie émanait d’un bâtiment près du port, comme on voyait au loin des terres émergées. Mais aussi, le roi eut une vision d’horreur. Une grande vague se formait puis frappa le port. Puis une autre plus grande. Et plus grande. Et plus encore. Finalement, une frappa de plein fouet tout le port, et d’après les cris, de nombreuses personnes mouraient. Puis, le sol trembla. Saskamrand souriait. Non, il rigolait. Tout d’un coup, le Roi Ramanka VI se leva et dit :

“Que se passe-t-il ? Pourquoi rigolez-vous ainsi devant le massacre de nos habitants !
– Oh, mon bon roi, sachez que ce qui devait arrivé se passe en ce moment !
– Comment ça ?
– Ne soyez pas idiot, votre Majesté. Vous avez présidé à de nombreux offices religieuses, vous vous y connaissez bien.
– Quoi ? Je ne comprends pas !
– Bien sur, que vous ne comprenez pas ! Après tout, quoi que je vous dise, vous me croyez. Sachez que Trichamkanda nous punit !
– Pourquoi donc le dieu de la magie viendrait nous punir ?
– Que vous pouvez ne rien comprendre parfois ! Nous utilisons extraordinairement beaucoup de magie ce qui est totalement interdit par Trichamkanda, qui punit toute notre civilisation d’avoir fait cela ! Nous partons sous les flots ! Beaucoup de religieux le savent, pourquoi croyez-vous qu’ils meurent depuis peu ?
– Comment ça ? Pourquoi ? Pourquoi voulez-vous nous détruire ?
– Ah, c’est donc ici qu’on voit toute votre naïveté dont vous faites preuve, votre majesté. Vous ne faites que attention à ce qu’un nouveau membre de votre entourage indirect porte un titre de noblesse pour l’accepter, ce qui est une grave erreur, dans n’importe quel contexte. Maintenant, puisqu’il ne vous reste que peu de temps à vivre, laissez-moi vous raconter pourquoi j’ai fait ça, ne m’interrompez pas, je vous prie. Moi, comme mon père, mon grand-père, et tous mes ancêtres et toute ma famille, avons une particularité que vous n’avez pas prise en compte, alors que n’importe quelle personne du village où j’étais serait capable de le dire. Vous souvenez-vous de toutes les fois où vous m’avez demandé de vous accompagner au temple de Kalamranta, et que jamais je ne pouvais ? Je vous disais que j’y allais pendant mes temps libres, c’est-à-dire pas en même temps que vous. En vérité, j’y suis jamais allé.
– Vous avez osé me mentir ? Vous méritez d’être exécuté !
– Vos menaces ne servent à rien, il est trop tard ! En vérité, c’est parce que nous croyons chez nous en Drandsas, mon nom est d’ailleurs tiré de lui.
– Vous croyez en le Démon ! Que vous ne trouviez aucun repos après la mort !
– Laissez-moi finir ce que je dis. Tous faisaient régulièrement des invocations à Drandsas,et quand ce fut l’heure pour moi de pratiquer ma première invocation alors que j’étais encore un enfant, je suis devenu adulte après. Je ne saurais personnellement vous dire si quelqu’un a déjà réussi à appeler le véritable Drandsas, comme en vérité, on rencontrait quelqu’un dans un autre monde, je ne sais pas lequel, duquel on devient lié pendant toute sa vie. Or, moi je me suis trouvé lié à quelqu’un de très spécial. Je ne connais pas son vrai nom, mais c’est lui qui m’a guidé vers le personnage que je suis aujourd’hui. Il fait partie d’un groupe qui se nomme Rune Aspect. Ou une guilde, je ne sais pas comment lequel. J’ai appris beaucoup de choses de lui, dans ma soif de connaissances, et c’est grâce à lui que l’empire d’aujourd’hui s’est formé. En vérité, son but est simple : que tout le monde puisse utiliser la magie, mais nous ne pouvions pas l’apprendre divisés, il fallait être unis. Lorsque enfin l’empire est né, j’ai travaillé avec lui, et vous évidemment, afin d’introduire la magie dans notre monde, afin que tous puissent l’utiliser, et ça a marché. Mais lorsque je me promenait chez les nouveaux savants en magie, j’en ai trouvé un, qui cherchait à voyager jusqu’au monde des dieux, donc effectivement voyager entre les dimensions. J’étais content de l’annoncer à mon Drandsas, mais lui fut affolé, en effet, ouvrir un portail entre les dimensions peut aspirer toute la magie d’un endroit à l’autre, il ne faut absolument pas en créer. Alors je lui ait dit que j’allais immédiatement le faire arrêter de travailler sur ce projet, mais Drandsas était fermement contre. Il disait que si quelqu’un avait eu l’idée, d’autres personnes l’auront si ce projet n’est pas mis au point. La seule façon de faire était d’éradiquer cette civilisation. Alors, j’ai travaillé longuement avec lui afin de trouver une façon de faire cela, et j’ai trouvé, c’est le projet qui va détruire toute notre civilisation. Lui comme moi aimions notre civilisation, mais il faut pour le bien collectif. Mais ne vous inquiétez pas, Drandsas vous donne un dernier espoir.”

Tout d’un coup, Saskamrand se mit à incanter un sort, et en sortit un sceau sur le sol du balcon sur lequel ils étaient. Le roi lui lança un regard interrogateur, auquel il répondit d’abord par un sourire, puis dit :

“Grâce à cela, si jamais quelqu’un vient ici, vous pourrez le posséder, et donner à tous vos habitants cette possibilité ensuite. Maintenant, je vous dis adieu. Sachez que je vous ai apprécié, et que si j’en avais eu l’occasion, je n’aurais pris de telles mesures. Adieu.”

Comme Ramanka tendait la mai vers son grand conseiller, celui-ci s’échappa au travers d’un portail. Il soupira. C’était les derniers temps de sa vie, comme celle de son pays. Le continent coulait sous l’eau qui semblait éternellement monter, tout comme les nouvelles terres à l’horizon. Il soupira, puis jura. Si ce sort marche, il referait vivre tout son peuple. Et ainsi il prit la dague que toujours il portait sur soi et se la planta dans le cœur. Premier et dernier roi de Ormanlenka unifié.

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